Usage de l'IA pour les agents publics de l'État
Cadre interministériel pour l'usage de l'intelligence artificielle générative (IAG) par les agents publics de l'État. Rédigé par la DINUM, en lien avec la DITP et la DGAFP. Document de référence à portée non réglementaire, destiné à harmoniser les pratiques et complété, le cas échéant, par des chartes ministérielles ou métiers (qui s'appliquent alors en priorité).
Source officielle : https://ia.numerique.gouv.fr/ressources/guide-dusage-de-lia/
Le guide en bref
- L'IA est autorisée pour les agents publics, dans un cadre défini : respect des données, choix des outils, validation humaine.
- Utilisez prioritairement les outils de votre administration ou les outils interministériels (Assistant IA interministériel, Assistant Transcripts, Visio).
- En cas de doute sur vos données : n'utilisez que les outils explicitement autorisés par votre administration.
- Vérifiez toujours les résultats produits par l'outil.
- N'utilisez l'IA que lorsqu'elle apporte un gain réel : pour des tâches simples, un outil classique suffit souvent.
- Signalez l'usage de l'IA lorsqu'elle joue un rôle substantiel dans un contenu, une analyse ou la préparation d'une décision.
Les 5 principes fondamentaux
- L'IA vous assiste mais vous restez responsable de vos décisions. L'IA propose, c'est l'agent qui décide, valide et signe.
- Les données sensibles ne peuvent être traitées qu'avec les outils autorisés par votre administration. Le choix de l'outil dépend de la nature des données.
- Informez vos destinataires (internes ou externes) lorsque l'IA joue un rôle substantiel.
- N'utilisez l'IA que lorsqu'elle est utile, en restant vigilant aux biais, au droit d'auteur et à l'impact environnemental.
- Formez-vous pour maîtriser l'IA et ses enjeux.
Le détail de chaque principe est dans references/5-principes-fondamentaux.md.
Conseil proactif — points de vigilance à signaler
Cette skill ne sert pas seulement à répondre aux questions. Quand l'utilisateur s'apprête à faire quelque chose de contraire au guide, signalez-le clairement, sans bloquer, expliquez la règle, et proposez l'alternative conforme. Restez proportionné : une simple aide à la reformulation n'appelle pas les mêmes précautions qu'un rôle substantiel dans une décision.
Déclenchez une alerte dans ces situations :
1. Données confiées à un outil non adapté
Le test simple du guide : « Est-ce que je pourrais publier ces informations sur un site Internet accessible à tous ? » Si la réponse est non, ne pas utiliser un outil d'IA commercial grand public (versions gratuites de ChatGPT, Claude, Gemini, NotebookLM, Vibe (ex Le Chat de Mistral AI)…).
Alertez si l'utilisateur s'apprête à transmettre à un outil commercial grand public :
- des données personnelles (noms, coordonnées, situations individuelles) ;
- un dossier d'usager, un compte-rendu de réunion interne, des données RH ou médicales ;
- des informations couvertes par le secret professionnel ;
- des informations professionnelles non publiques : notes en cours d'arbitrage, projets confidentiels, secret des délibérations gouvernementales, données stratégiques ou économiques sensibles ;
- des données classifiées ou à mention de protection (Diffusion Restreinte, Secret, Très Secret, toute donnée relevant de l'IGI 1300) → seuls les outils explicitement homologués par l'administration sont permis.
→ Alternative conforme : utiliser l'outil de l'administration, ou s'abstenir. La pseudonymisation (« Madame X », « un usager ») ne suffit pas à rendre les données personnelles publiables : les données restent des données personnelles au sens du RGPD et le dossier peut rester identifiable par recoupement. Seule une anonymisation irréversible (impossible à reconstituer, y compris par recoupement) permettrait un outil grand public. Détails : references/outils-et-donnees.md.
2. Outil non autorisé
Le recours à un outil commercial gratuit (grand public) doit rester exceptionnel et n'est possible qu'à deux conditions cumulatives : l'administration l'autorise explicitement ET les informations pourraient être publiées librement. Pour les outils commerciaux payants mis à disposition par l'administration, les types de données autorisés sont définis par la DSI ou le responsable. En cas de doute → outil de l'administration ou hiérarchie.
3. Absence de transparence
Si l'IA a un rôle substantiel (production de contenu : analyse, note, courrier, synthèse — même ajustée ensuite), une mention est obligatoire. Une simple reformulation/correction/mise en forme d'un texte déjà rédigé par l'agent n'en requiert pas. Rappelez d'ajouter une mention (ex. « Contenu partiellement généré par une IA et vérifié par un agent ») et, pour une décision administrative individuelle algorithmique, la mention explicite est une obligation légale (RGPD art. 22 ; CRPA art. L. 311-3-1). Détails : references/5-principes-fondamentaux.md.
4. Action automatique sans validation humaine
À ne jamais faire : configurer l'IA pour envoyer automatiquement des courriels à des usagers/partenaires sans supervision ; lui donner accès à des systèmes critiques sans validation ; publier directement un contenu généré sans relecture. → Toujours : brouillon IA → relecture critique → validation → envoi par l'agent.
5. Usage à haut risque (règlement européen sur l'IA — RIA)
Pour les usages à haut risque au sens du RIA (annexe III) — ex. tri/évaluation de candidatures, prise de décision automatisée affectant les droits des personnes (RH, justice, santé, maintien de l'ordre) — des obligations renforcées s'appliquent. En l'absence d'un cadre formellement validé dans l'administration : s'abstenir.
6. Défaut de vérification / hallucinations
L'IA peut inventer des faits, des références, des textes de loi (« hallucinations »), reproduire des biais, et ses connaissances sont figées. Rappelez de vérifier les résultats de façon indépendante et de consulter les sources quand l'outil les affiche.
7. Sobriété
Pour une tâche triviale (reformuler un courriel de 3 lignes, traduire 5 lignes), rappelez qu'un outil classique (moteur de recherche, traducteur en ligne) est souvent suffisant et moins énergivore — à condition que le texte soit publiable (pas de données personnelles ou confidentielles dans un traducteur en ligne). Réservez l'IA aux tâches où le gain est réel.
Lien avec la sécurité du code — pour les secrets, données personnelles et données dans le code source d'une application, voir aussi la skill
securite-developpement.
Choisir l'outil selon les données
Trois catégories d'outils, du plus au moins sécurisé :
| Catégorie d'outil | Usage | Données autorisées |
|---|---|---|
| Outils des administrations (interministériels ou ministériels) — à privilégier | Premier choix pour tout usage professionnel | Selon les règles de l'administration, y compris données internes / personnelles si l'outil le permet |
| Outils commerciaux payants mis à disposition par l'administration — avec précautions | Possible si l'administration les fournit (garanties contractuelles renforcées) | Vérifier auprès de la DSI / du responsable les types de données autorisés |
| Outils commerciaux gratuits (ChatGPT, Claude, Gemini, NotebookLM, Vibe (ex Le Chat de Mistral AI)…) — usage très limité voire interdit | Seulement si l'administration l'autorise | Uniquement des données publiables librement : pas de données personnelles ni sensibles |
Outils interministériels de référence :
- Assistant IA interministériel —
assistant.numerique.gouv.fr(rédaction, résumé, reformulation) - Assistant Transcripts —
transcripts.numerique.gouv.fr(réunions en présentiel) - Visio —
visio.numerique.gouv.fr(transcription et résumé de visioconférences)
Usages possibles sur outil grand public (si autorisé) : résumer un texte de loi ou un rapport déjà public, reformuler un document en ligne, générer une image d'illustration, créer un questionnaire à partir de contenus publics, travailler sur du code « ouvert » ou non sensible.
Usages interdits sur outil grand public : analyser un dossier d'usager, résumer un compte-rendu de réunion interne, traiter des données RH ou médicales, manipuler des informations couvertes par le secret professionnel.
Détails et cadre juridique (RGPD, RIA, secret professionnel, Cloud Act, SecNumCloud) : references/outils-et-donnees.md.
En cas de doute : qui contacter ?
- Hiérarchie — usage inhabituel ou décision importante.
- Service informatique / DSI — quels outils sont autorisés.
- Référent cybersécurité — savoir si des données sont sensibles.
- Délégué à la protection des données (DPD) — compatibilité RGPD, inscription au registre des traitements (obligatoire pour un usage régulier sur données personnelles).
Références détaillées
references/comprendre-iag.md— ce que l'IAG peut faire, ses limites, les conditions d'un usage réussi.references/outils-et-donnees.md— les 3 catégories d'outils, catégories de données, cadre juridique, exemples pratiques.references/5-principes-fondamentaux.md— détail des 5 principes (responsabilité, données, transparence, sobriété/éthique, formation).references/fiches-pratiques.md— les 5 règles d'or du prompt et les cas d'usage par famille de métier.